Ottawa, le 23 février 2026 — Dix ans après le lancement du système de paye Phénix, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) avertit que la crise n’est pas terminée et que des échecs similaires pourraient se reproduire si le gouvernement fédéral ne reconstruit pas l’expertise interne.
Aujourd’hui, l’Institut a publié son rapport intitulé Phénix : 10 ans d’échecs, qui examine les raisons de la défaillance du système, la persistance de problèmes graves et ce que l’expérience révèle sur la manière dont les systèmes gouvernementaux complexes sont mis en œuvre.
« Dix ans après le lancement de Phénix, le système ne parvient toujours pas à délivrer correctement les chèques de paye des fonctionnaires, indique Sean O’Reilly, président de l’IPFPC. Cela signifie que les contribuables financent les efforts de stabilisation tout en payant pour la construction d’un système de remplacement. »
Le rapport prévient également que les mesures de réaménagement des effectifs, notamment la retraite anticipée, l’échange de postes et les licenciements, devraient accroître considérablement le volume et la complexité des transactions salariales.
« Sans une stabilisation et des ressources supplémentaires, l’afflux de réaménagements d’effectifs risque de générer de nouvelles erreurs et d’augmenter l’arriéré de manière exponentielle », déclare M. O’Reilly.
Depuis 2017, le gouvernement fédéral a dépensé près de 5 milliards de dollars pour répondre aux défaillances liées à Phénix. En décembre 2025, environ 238 000 erreurs ou changements de paye restaient en suspens, près de la moitié datant de plus d’un an. Le système continue de recevoir environ 117 000 nouvelles transactions par mois, dont plus des trois quarts nécessitent un traitement manuel.
IBM, le développeur initial du système, a reçu plus de 650 millions de dollars en paiements totaux, provenant d’un contrat initial de 5,7 millions de dollars qui a été modifié et élargi à plusieurs reprises.
Des inquiétudes concernant la capacité en personnel, la préparation du système et le rythme de mise en œuvre ont été soulevées avant la mise en service de Phénix. Le vérificateur général a confirmé par la suite que ces avertissements n’avaient pas été pris en compte.
« Avant le lancement de Phénix, plus de 1 200 conseillers en rémunération expérimentés ont été éliminés, les services ont été centralisés, la surveillance a été affaiblie et les risques documentés ont été ignorés, poursuit Sean O’Reilly. Lorsque le système a commencé à flancher, l’expertise nécessaire pour le réparer n’était plus là. »
L’IPFPC soulève des préoccupations similaires concernant des tendances plus générales au sein du gouvernement. Alors que les ministères réduisent leur personnel interne par le biais du réaménagement des effectifs, le recours aux sous-traitants externes continue de croître. Les dépenses publiques en sous-traitance de professionnels devraient atteindre 26,1 milliards de dollars cette année, soit près du double des sommes dépensées avant la pandémie. Le passage de l’expertise interne à la sous-traitance compte au nombre des conditions qui ont contribué à l’échec de Phénix.
« Phénix a montré ce qui se passe lorsque les capacités internes sont affaiblies et que des systèmes complexes sont fournis sans une expertise interne suffisante, d’ajouter M. O’Reilly. Lorsque le service de la paye a fait défaut, les dégâts ont été en grande partie limités à la fonction publique. Si des défaillances similaires se produisent dans les systèmes de versement des pensions ou des prestations, des millions de gens en subiraient les conséquences. »
L’Institut demande au gouvernement fédéral d’agir en prenant les mesures suivantes :
- Signer un renouvellement de l’accord sur les dommages et intérêts pour les employé·es touchés depuis le 31 mars 2020.
- Fournir toutes les ressources nécessaires au Centre des services de paye de Miramichi avant que les pressions liées au réaménagement des effectifs ne s’intensifient.
- Conserver l’expertise interne en matière de paye et de TI jusqu’à ce que les systèmes de remplacement fassent preuve d’une stabilité durable
- Réduire la dépendance à l’égard de la sous-traitance et reconstituer les capacités internes.
« La modernisation nécessite une expertise. On ne peut pas se débarrasser des gens qui comprennent le système et s'attendre à ce qu’il fonctionne. Il faut des experts pour faire fonctionner un pays », de conclure M. O’Reilly.
L’IPFPC représente plus de 85 000 professionnel·les de la fonction publique partout au pays, dont la plupart sont employés par le gouvernement fédéral. Suivez-nous sur Facebook, sur X (anciennement connu sous le nom de « Twitter ») et sur Instagram.
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Source: Johanne Fillion, 613-883-4900 (cellulaire), jfillion@pipsc.ca ou Justin Vossenberg, 613-612-8313 (cellulaire), jvossenberg@pipsc.ca

