L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada

Dix ans après Phénix : un avertissement de 5 milliards de dollars que le Canada ne peut ignorer

Il y a dix ans, le gouvernement fédéral a lancé le système de paye Phénix. Il a été présenté comme un effort de modernisation qui permettrait d’économiser de l’argent et de rendre le gouvernement plus efficace.

Au lieu de cela, il est devenu l’un des échecs administratifs les plus préjudiciables de l’histoire récente du Canada.

Le nouveau rapport de l’Institut, intitulé Phénix : 10 ans d’échecs examine comment ça s’est produit, pourquoi la crise se poursuit et ce qu’elle nous apprend sur la manière dont les systèmes gouvernementaux complexes sont mis en œuvre aujourd’hui.

Depuis 2017, le gouvernement fédéral a dépensé près de 5 milliards de dollars pour répondre aux défaillances liées à Phénix. Près de 350 millions de dollars ont déjà été dépensés pour son remplacement. À la fin de l’année 2025, environ 238 000 opérations de paiement étaient encore en suspens. Pour des milliers de fonctionnaires, les conséquences se sont traduites par un stress financier, de l’incertitude et des années de perturbation.

Phénix n’a pas échoué parce que la paye est intrinsèquement ingérable. Il a échoué parce que l’expertise interne a été réduite avant que le système ne soit prêt. Environ 1 200 postes de conseiller·ères du service de la paye expérimentés ont été supprimés avant le lancement. Les services ont été centralisés. La surveillance a été réduite. On n’a pas cherché à atténuer les risques documentés.

Lorsque des problèmes sont apparus, la capacité interne à les corriger avait déjà été démantelée.

Des inquiétudes concernant la capacité en personnel, la préparation du système et le rythme de mise en œuvre ont été soulevées avant la mise en service de Phénix. Le vérificateur général a confirmé par la suite que ces avertissements n’avaient pas été pris en compte.

La leçon tirée de Phénix ne se limite pas à la paye. C’est aussi une question de capacité.

Il s’agit de savoir ce qui se passe lorsque les gouvernements réduisent l’expertise nécessaire pour gérer la complexité à grande échelle, et lorsque les connaissances institutionnelles à long terme sont remplacées par des contrats et des externalisations à court terme. Il faut savoir ce qui se passe lorsque la réduction des coûts est confondue avec l’efficacité.

Aujourd’hui, des pressions similaires s’exercent sur l’ensemble du gouvernement. Les capacités internes se réduisent sans cesse que la dépendance à l’égard des fournisseurs externes s’accroît. Dans le même temps, des systèmes numériques à grande échelle sont développés pour fournir des pensions, des prestations et d’autres services dont dépendent des millions de Canadiens et Canadiennes.

Lorsque le service de la paye a fait défaut, les dégâts ont été en grande partie limités à la fonction publique. Si des défaillances similaires se produisent dans les systèmes destinés au grand public, les conséquences seraient beaucoup plus graves.

Il faut des experts pour diriger un pays. Il faut des fonctionnaires expérimentés pour concevoir, superviser et stabiliser les systèmes sur lesquels compte la population.

Phénix ne doit pas être considéré comme un chapitre clos de l’histoire administrative.

C’est un avertissement.

Lisez le rapport complet

Le Canada ne peut se permettre de répéter cette erreur.