L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada

Communiqué — Les coupes budgétaires de l’ACIA mettent en péril la salubrité alimentaire et des milliards en exportations commerciales, prévient l’IPFPC

OTTAWA, le 29 janvier 2026  — Les expert·es de la fonction publique sonnent l’alarme au sujet des compressions fédérales à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), avertissant que la salubrité alimentaire, la santé publique et l’économie agroalimentaire du Canada sont gravement menacées au nom d’une soi-disant « efficacité ». L’IPFPC demande un examen public immédiat des décisions qui affaiblissent la capacité du gouvernement fédéral à prévenir la propagation des maladies d’origine alimentaire, à répondre aux épidémies et à protéger les systèmes alimentaires nationaux et d’importation et d’exportation du Canada.

« Ces réductions ne touchent pas seulement les employé·es, mais bien tou·tes les Canadien·nes qui mangent », affirme Sean O’Reilly, président de l’IPFPC. « Lorsque l’on supprime la recherche en matière de salubrité des aliments, la capacité d’inspection et la coordination des urgences, on augmente le risque que la maladie ou la contamination passe inaperçue jusqu’à ce que les gens soient déjà malades. »

L’IPFPC met en garde contre le fait que l’ACIA est confrontée à une pénurie chronique de personnel depuis plus de dix ans, alors même que sa charge de travail n’a cessé d’augmenter. Les dernières réductions aggravent considérablement un système déjà fragile.

« Des milliers d’usines de transformation alimentaire au Canada n’ont jamais été inspectées », explique Sean O'Reilly. « Les inspecteur·rices ont déjà du mal à suivre le rythme des installations dont ils/elles sont responsables aujourd’hui. Il n’est tout simplement pas réaliste de s’attendre à ce que moins de personnel effectue plus d’inspections. En cas d’épidémie majeure, c’est une catastrophe assurée. »

Selon l’IPFPC, ces réductions représentent la perte de près d’un million d’heures d’expertise en matière de salubrité alimentaire et d’inspection chaque année. « L’ACIA a déjà coupé dans le gras, puis dans le muscle. Ces réductions vont jusqu’à l’os », poursuit Sean O'Reilly. « Elles mettent en péril l’ensemble du système de salubrité alimentaire et l’économie qu’il soutient. »

Le secteur agroalimentaire canadien représente plus de 100 G$ par an, alors que l’investissement fédéral dans l’ACIA s’élève à environ 1 G$, un rendement qui, selon l’IPFPC, est négligé de manière irresponsable.

« C’est l’un des meilleurs investissements que les Canadien·nes puissent faire », souligne M. O'Reilly. « Pourquoi réduire les effectifs en salubrité alimentaire alors qu’elle protège des vies, des gagne-pains et notre économie, en particulier lorsque le Canada cherche à diversifier ses partenaires commerciaux? »

Les risques ne sont pas hypothétiques. L’ACIA gère actuellement un rappel national de plus de 300 produits à base de pistaches en raison d’une contamination potentielle à la salmonelle provenant de produits importés. Au début du mois de janvier 2026, de nombreuses marques ont été touchées au Canada et des hospitalisations ont été signalées.

« Ces réductions ont des conséquences directes sur la capacité de l’ACIA à mener les enquêtes qui conduisent à des rappels de produits qui sauvent des vies », explique Sean O'Reilly. « L’affaiblissement des capacités d’inspection et de surveillance signifie que les épidémies durent plus longtemps et touchent un plus grand nombre de personnes. »

L’IPFPC prévient également que ces réductions compromettent gravement la capacité du Canada à surveiller les maladies animales et zoonotiques telles que la grippe aviaire, la peste porcine africaine, la fièvre catarrhale ovine et la fièvre aphteuse, et à y répondre. Cette capacité est essentielle pour protéger la santé publique et maintenir le commerce international.

« Les épidémiologistes vétérinaires sont une nécessité commerciale », tranche M. O'Reilly. « Si le Canada n’est pas en mesure de démontrer de la crédibilité en matière de surveillance des maladies et d’analyse des risques, il risque de perdre du jour au lendemain l’accès à l’exportation. Il n’y a qu’une poignée d’épidémiologistes vétérinaires au Canada, et des dizaines dans le monde, qui possèdent ce niveau d’expertise. Sans eux, les partenaires commerciaux perdent confiance, les exportations sont menacées et l’industrie est obligée d’absorber des coûts d’essai massifs. »

Parallèlement, l’ACIA s’oriente vers ce que l’on appelle un « modèle de secteur d’activités » en matière de salubrité des aliments. Bien que présenté comme une modernisation, le modèle repose de plus en plus sur des algorithmes, l’autorégulation du secteur et des vérifications par des tiers, tandis que la capacité d’inspection publique continue de s’éroder.

« La salubrité des aliments n’est pas une fonction commerciale, c’est une responsabilité de santé publique », déclare M. O’Reilly. « Lorsque la surveillance est optimisée pour l’efficacité plutôt que pour la sécurité, le risque est directement transféré au public. »

La population en a déjà vu les conséquences. Une usine de transformation alimentaire de Pickering liée à une épidémie mortelle de listériose en 2023 n’avait pas été inspectée par l’ACIA pendant cinq ans après qu’un modèle de risque automatisé basé sur des vérifications de tiers l’ait classée comme présentant un faible risque. Ce n’est qu’après le décès de trois personnes que l’ACIA a découvert que l’usine n’avait même pas fait de test pour la listériose.

L’IPFPC représente plus de 85 000 professionnel·les du secteur public à travers le pays, dont la plupart sont employés par le gouvernement fédéral. Suivez-nous sur Facebook, sur X (anciennement connu sous le nom de « Twitter ») et sur Instagram.

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Source: Johanne Fillion, 613-883-4900 (cellulaire), jfillion@pipsc.ca